Le dialogue entre les univers culturels et ses horizons de paix

Discours prononcé par André Chouraqui
lors de la Remise du Prix pour le dialogue entre les univers culturel

Prix Sénateur Giovanni Agnelli
Turin, le 23 mars 1999

La parole

Le mot clé de l’honneur que vous me faites en me décernant le Prix International pour le Dialogue entre les Univers Culturels est le mot «dialogue». Le terme dialogos, employé d’abord par les philosophes, en premier lieu par Aristote et Platon, dérive de dialegein, «discuter» et ne veut pas dire «parler à deux» comme il est fréquent de le penser, mais participer à un entretien ou à une discussion, à deux ou plusieurs personnes avec, pour but, de marcher ensemble vers le logos, dia-logos, vers la vérité. Ainsi tout dialogue suppose une marche en avant.

Ce qui me conduit à vous remercier, vous tous, fondateurs et organisateurs de cette réunion, et vous tous, chers amis venus de tous les horizons de l’esprit, présents pour la remise de ce Prix décerné en 1997 à notre ami Mohamed Talbi et aujourd’hui remis à votre serviteur.

Ce prix ne se mérite pas seul. Il couronne une action par essence collective, née de la rencontre et du dialogue de tous les amis qui m’ont accompagné tout au long de ma route, présents si nombreux autour de nous aujourd’hui.

Cette route a commencé pour moi sur le seuil de la maison où je suis né le 11 août 1917, à Aïn-Témouchent, en Algérie coloniale. A l’âge de sept ans, j’avais été frappé d’une attaque de poliomyélite, maladie difficilement curable alors. Immobilisé, je pouvais voir défiler sur le boulevard de la Révolution où j’habitais, des juifs dont j’étais, des chrétiens qui étaient les maîtres de la colonie, et des musulmans. Ces trois groupes cohabitaient dans une parfaite ignorance, voire souvent un parfait mépris les uns des autres. Qui étaient-ils ? Pourquoi s’ignoraient-ils ? Quelle était la cause de leurs conflits et comment espérer les réconcilier ? Ces questions que je me posais enfant, n’ont jamais cessé d’animer ma quête de vérité dans mon adolescence et dans ma vie d’homme.

Mes études à l’Université de Paris, puisés dans plusieurs directions de l’esprit pour mieux connaître le judaïsme, le christianisme et l’islam, furent brutalement interrompues de 1939 à 1945 par la seconde guerre mondiale. Je n’avais d’autre choix possible que de gagner les rangs de la Résistance. Dans les maquis du Centre de la France, nous étions trente-trois camarades, unis par une action commune au service de la Résistance. Notre groupe grandit pendant cette période et, en 1945, il comptait quelque cinq cents combattants. Mais des trente-trois compagnons du début, vingt-neuf étaient morts, victimes de la Choa. Nous, les quatre survivants, nous avions pour premier devoir d’empêcher le renouvellement de si horribles massacres : ils avaient fait en cinq ans quelque cinquante millions de victimes, dont six millions de juifs qui périrent dans les camps d’extermination.

Pour ma part, je pensais qu’il fallait reprendre ce dialogue en ses racines mêmes, ce qui me conduisit, ma vie durant, à traduire et commenter, dans un espoir de paix et de rapprochement, non de rivalité, la Bible, le Nouveau Testament et le Coran.

Le silence

Les dimensions actuelles de l’univers donnent une acuité nouvelle aux problèmes du langage et de la communication entre langues et cultures différentes. Cela concerne non seulement la problématique et la méthodologie de la traduction, mais aussi la théorie et la critique littéraire aussi bien que l’histoire de la culture, notamment dans le domaine de la philosophie et de la religion. Des chercheurs devront envisager les problèmes de la traduction – non de l’interprétation – au sens essentiel de ce mot. Linguistes et philosophes devront résoudre de multiples problèmes techniques pour fonder une nouvelle théorie du langage annonciatrice d’une communication humaine. Chaque traducteur, plutôt que d’être attentif au message qu’il traduit s’en accapare pour l’intégrer dans le tissu de sa propre culture et de son idéologie sans avoir le souci d’envisager les conséquences de cet égocentrisme linguistique sur une vraie communication humaine. C’est ainsi que le nom de Elohîms est interprété par des dizaines de surnoms qui n’ont rien à voir avec son sens propre. Ce faisant, la traduction destinée à rapprocher les cultures, dressait entre elles des obstacles parfois infranchissables.

Pris entre les exigences contradictoires de la fidélité au texte et le désir d’être compris et apprécié de ses lecteurs, le traducteur est un être déchiré, souvent tenté de «faire mieux» que le texte qu’il enrobe dans une esthétique étrangère, ce qui a des conséquences incalculables quand il s’agit des textes fondateurs des grandes religions.

Le monde recherche les conditions d’une survie qu’il devrait trouver d’abord dans la maîtrise d’un langage nouveau. L’art de traduire, au sens plein de ce terme, doit devenir une science destinée à rendre plus supportables les frontières qui séparent les langues et les cultures pour faciliter une communication inter- et transdisciplinaire respectueuse des caractères propres de chaque culture. Pour cela la traduction doit cesser d’être ce qu’elle est actuellement, un domaine encore réservé à l’art ou, plus souvent, à l’artisanat : elle peut devenir une science vivante ouverte aux racines des cultures en présence.

En ce qui concerne la Bible, il sera nécessaire de réorienter ses traductions pour la restituer à l’Asie où elle naquit, sans toutefois l’arracher à l’Occident qu’elle féconda en donnant naissance au christianisme.

A vrai dire, la Bible a été et demeure l’ambassadeur auprès des nations occidentales de la sagesse orientale. Les ambassadeurs qui restent trop longtemps loin de leur patrie risquent, on le sait, d’en oublier le vrai visage. Ainsi en a-t-il été de la Bible. Il est possible de la redécouvrir dans les sanctuaires du Japon, du Népal, des Indes, de Thaïlande et d’autre pays d’Orient, aussi sûrement que dans bien des synagogues, des églises, des couvents, des mosquées, ou même des universités d’Occident.

Il serait illusoire, et à certains égards néfaste, d’imaginer qu’une langue universelle puisse s’imposer à tous mais, dans toutes les langues, il serait nécessaire que des méthodes nouvelles de traduction puissent enrichir le langage de valeurs nouvelles, en harmonisant ses significations globales. A vrai dire, le silence seul peut forger l’unité du langage humain. Seul le silence permet de forcer le mystère de la pluralité des voix intérieures de l’humanité. Une science nouvelle, fondée sur une analyse de la nature du langage, doit dépasser les problèmes posés par Babel et nous rapprocher du jour salvateur où l’humanité aura réintégré dans sa vie réelle les transparences nées du silence. Une humanité nouvelle est en train de naître. Si quelque cataclysme, hélas trop prévisible, n’en anéantit pas les éclosions, elle cherchera à donner lieu à l’utopie aujourd’hui inconcevable où, aux sources du silence, toute traduction paraîtra inutile, de nouveaux types de communication s’étant établis entre les humains.

La Méditerranée

Nous sommes à Turin, proche des rives de la Méditerranée où, comme vous, je suis né. J’ai passé ma longue vie à sillonner cette mer et les pays qui la bordent, cette lumineuse Italie dont les trésors spirituels, littéraires et artistiques ne cessent de nourrir nos esprits. Les univers culturels du judaïsme, du christianisme et de l’islam, nés tous trois des fécondités de la Bible doivent ainsi s’ouvrir les uns aux autres dans un esprit de reconnaissance et de complémentarité.

Depuis le jour d’octobre 1934 où, pour la première fois, je traversai cette mer pour découvrir en Europe les splendeurs des cultures qui y virent le jour, le monde a changé : l’espace et le temps ont pris des directions et des dimensions inconnues depuis que je vis le jour.

Nous devons penser la Méditerranée et le monde avec d’autant plus d’urgence que tout ne cesse de se métamorphoser. Une approche globale des problèmes est devenue une question de survie pour tous. Les peuples riverains de cette mer se rapprochent d’autant plus nécessairement que la terre est devenue un village global, tandis que la nature de l’espace et du temps changent aussi.

Les peuples riverains de la Méditerranée qui avaient été rapprochés par l’empire romain pendant quelque quatre cents ans, ont connu trop de conflits religieux et nationaux qui n’ont cessé de les détruire. Aussi l’initiative des Espagnols et des Italiens, à partir des années 1990, d’ouvrir un nouveau chapitre de cette histoire, prit forme : le partenariat euro-méditerranéen se substituait aux rapports de force du passé, confirmée par la conférence de Cannes (juin 1995). Le 18 novembre de la même année, la conférence euro-méditerranéenne de Barcelone réunissait pour la première fois les ministres des Affaires étrangères de vingt-sept pays européens, nord-africains et du Proche-Orient. La déclaration dite de Barcelone complétait les nombreux accords bilatéraux existant alors, par des conventions multilatérales qui ouvraient un avenir nouveau aux ressources humaines et aux échanges entre les peuples et les cultures de la Méditerranée.

Une pensée nouvelle remplaçait désormais le passé conflictuel des économies et des religions méditerranéennes, permettant la mobilisation non seulement des autorités mais aussi des peuples concernés par les rivalités du passé. Il fallait donner sa chance à une union souhaitée par les pionniers de cette réconciliation. La conférence de Malte, le 16 mai 1997, a confirmé l’autorité de la déclaration de Barcelone. Elle a pris acte des progrès rapides réalisés depuis 1995, créant un climat de confiance pour ouvrir enfin la Méditerranée à sa réunification nouvelle.

En 1998, le Multagâ d’Agrigente organisé sous l’impulsion de l’Unesco complétait ces tendances en réunissant une représentation substantielle de tous les peuples de la Méditerranée. Barcelone avait affirmé la volonté des gouvernements de changer le cours de l’histoire. Le Multagâ d’Agrigente confirmait cette nouvelle direction par l’adhésion massive des représentants des réseaux populaires qui, sous l’égide de l’Unesco, s’étaient créés après Barcelone. Une même volonté se dégageait enfin de réaliser le partenariat de l’Union Européenne et de ses quinze gouvernements avec les partenaires méditerranéens des treize pays appelés à se réunifier.

Il suffit d’ouvrir les yeux pour voir que, sur toutes les rives méditerranéennes, le même paysage géographique et humain prévaut à l’ombre des oliviers et sous la lumière éclatante et l’azur de cette mer. Son développement économique régional sera fondé sur la coopération, le partenariat et l’intégration des peuples et de leurs cultures. La solution des conflits qui ensanglantent encore cette mer dans les Balkans, aux frontières de la Turquie, ou au Proche-Orient, donnera, au seuil du troisième millénaire, ses chances au rêve prophétique de la naissance d’une terre nouvelle et d’un homme nouveau, sous son ciel d’azur.

Il était aussi clair pour moi, que le dialogue entre les univers culturels devait passer par celui qui aurait toujours dû exister et n’aurait jamais dû être interrompu entre le judaïsme, le christianisme et l’islam. Le sang des victimes de la guerre devait féconder la fondation des premiers mouvements d’Amitié judéo-chrétienne et, en Algérie, des sociétés d’Amitié monothéiste. Il faut évoquer les noms des pionniers qui furent Jules Isaac, les Pères Riquet et Daniélou, Edmond Fleg, le grand rabbin Jacob Kaplan, le Cheikh Hamza Boubakeur et tant d’autres. Le rêve que nous étions nombreux à faire d’un rapprochement à partir de nos sources, ne tarde pas à être suivi d’effets. Le conflit deux fois millénaire qui opposait la chrétienté et la judaïcité, prit une autre tournure à partir de l’humble action de ces comités d’Amitié judéo-chrétienne. Des réformes dans la liturgie et l’enseignement catéchétique permirent d’entreprendre l’œuvre de la réconciliation que nous espérions. Celle-ci, entamée au lendemain de la guerre se poursuivit sous le pontificat de Jean XXIII et prit une signification historique au cours du Concile de Vatican II et des documents qui y furent promulgués, notamment la Déclaration Nostra Aetate et les différentes entreprises que cette déclaration inspira. Ce même mouvement conduisit, par la suite, à un rapprochement entre le Saint-Siège et l’État d’Israël, puis à une reconnaissance réciproque, le 30 décembre 1993.

Jérusalem

La création de l’État d’Israël aux lendemains de la Choa avait provoqué une vraie commotion dans le monde entier. Les juifs, après le 15 mai 1948, se mirent massivement en marche vers leur ancien-nouveau pays où ils assistèrent et contribuèrent à la résurrection de leur peuple, de leur État, de leur langue et de leur culture.

Dans les frontières de l’ancien royaume de David, ils prenaient conscience de l’universalité de leur peuple, Israël, sculpté dans la chair de l’humanité entière. Notre surprise fut grande de constater que nous étions issus de cent deux pays du monde et parlions quatre-vingt-dix-neuf langues différentes pour renaître dans la langue de la Bible, l’hébreu, elle aussi ressuscitée. La commotion ne fut pas moindre chez les Arabes.

Jérusalem constitue l’un des carrefours les plus importants de la rencontre de l’Asie et de la Méditerranée de laquelle sont nés la Bible et le Coran, et le centre d’une rencontre historique entre le Nord et le Sud, entre les pays riches et les pays pauvres. Elle est aussi le lieu où se sont développés la Tora, le Nouveau Testament et le Coran, qui y a aussi ses racines.

Au seuil du troisième millénaire, cette ville, par sa situation géographique et historique, est l’épicentre d’un affrontement et d’un conflit constant entre les peuples et les religions qui se réclament d’elle. Jérusalem peut et doit au contraire devenir le centre de leur réconciliation exemplaire, au carrefour de l’Asie, de l’Afrique et de la Méditerranée.

Capitale nationale d’Israël, capitale religieuse du judaïsme, du christianisme et de l’islam, Jérusalem aura ainsi pour vocation de réaliser les espérances de ses fondateurs et au long des siècles de ses habitants
juifs, chrétiens et musulmans, tous nourris de la vision d’une alliance universelle de paix. La réconciliation de ses habitants -juifs venus de tous les pays du monde, musulmans originaires de toutes les ethnies et de tous les rites de l’islam et chrétiens représentants de la plus parfaite oecuménie de l’Église en leurs trente-cinq confessions différentes – tel est le vrai visage de notre ville qui est à l’image du «village global» de l’univers. Jérusalem réellement pacifiée en tous ses différents habitants, pourrait devenir l’un des lieux privilégiés de la rencontre de l’Être créateur et de ses créatures de Dieu et des hommes. Il ne faudrait que de reconnaître en chacune des créatures sa filiation au Créateur des ciels et de la terre juifs, chrétiens et musulmans, hommes de toutes races et de toutes origines, nous sommes tous ses fils, fils de cette Alliance originelle fondatrice de nos trois religions abrahamiques qui comptent plus que deux milliards d’adeptes, juifs, chrétiens et musulmans, hommes qui devraient se reconnaître pour frères et ressembler à l’homme nouveau dont rêvaient nos prophètes. Au terme de milliers d’années après Abraham et après Moïse, et au terme d’un deuxième millénaire après Jésus, il serait temps que ce peuple de l’Alliance tienne enfin ses promesses. Car ce peuple existe : il ne compte pas seulement des circoncis et des baptisés, mais tout homme vivant, bâtisseur de paix, source de vie. Quant au pays de l’Alliance, il ne saurait être aujourd’hui que la terre entière à jamais promise aux lumières de l’amour.

La résurrection que voici s’accompagne d’une longue et difficile marche, celle de l’humanité entière en quête de sa pacification et de son unification. Le monde nouveau qui est en train de naître tend à réparer les fractures que l’histoire a provoquées entre les nations et les religions en conflit.

La paix

A travers les univers culturels dont la richesse est aussi variée que les innombrables fleurs du printemps au Piémont, célébrons ici le dialogue et la rencontre de l’homme avec l’Homme. Nous sommes les fils d’une génération qui s’est montrée capable des plus grands crimes de l’histoire dont les victimes innombrables se comptent par dizaines de millions. Cette même génération a pénétré aussi par son génie les ultimes secrets de l’infiniment petit, comme ceux de l’infiniment grand, et aujourd’hui, elle se hisse dans la stratosphère pour contempler face à face Jupiter ou Vénus. Saura-t-elle découvrir le Visage du Créateur des ciels et de la terre ?

Sur terre, cette même génération a réconcilié le juif et le chrétien, les enfants du Christ et les fils d’Israël, grâce au génie des grands papes qui ont régné dans le dernier demi-siècle, Jean XXIII, Paul VI et Jean-Paul II. Souhaitons qu’à la veille de l’année jubilaire, la réconciliation du judaïsme, du christianisme et de l’islam ouvre la voie royale du dialogue véritable entre tous les univers culturels, ceux qui sont nés sur les rives de la Méditerranée, comme ceux qui se sont développés en Asie, en Afrique et dans les Amériques. Rabbins, prêtres et imams devront privilégier, au-delà de leurs divergences théologiques, l’idéal de l’Alliance c’est-à-dire du dialogue entre les univers culturels. Soulignons-le avec force, la Tora est le Livre de l’Alliance, Berit, le Nouveau Testament est le Livre de la Nouvelle Alliance tandis que le Coran enjoint ses fils à réaliser les alliances d’Abram, de Moïse et de Jésus.

La pyramide de l’Alliance commence dans la Bible par l’acte créateur des ciels et de la terre Bereshit bara Elohîms et ha-shamaîm ve-et ha-erets, «Entête Elohîms créait les ciels et la terre». Cet acte créateur fonde l’alliance essentielle d’Elohîms avec toutes les créatures dont il est le Père. Noé, Abraham confirment cette alliance étendue à tous les peuples de la terre, tandis que Moïse conclut, dans le décor dramatique du Sinaï, l’Alliance d’Elohîms avec le peuple d’Israël. Jésus et ses apôtres donnent si bien validité à cette Alliance que le Nouveau Testament fonde la Nouvelle Alliance. Il en est de même sur ce point dans l’islam. Muhammad, inspiré par Allah, entend donner lieu à l’idéal de Moïse et de Jésus, que le Coran authentifie dans les cinq cent deux versets où il le confirme.

L’accomplissement de cette vision, première dans le judaïsme, première dans le christianisme, première dans l’islam, pourrait sauver le monde des explosions trop prévisibles et des dangers mortels qui le menacent.

Ma Lettre à un ami arabe publiée en français en 1968, traduite en anglais et en arabe, préconisait une solution durable au conflit israélo-palestinien, dans le cadre d’une Confédération unissant les deux peuples, les Israéliens et les Palestiniens. A l’époque, cette solution apparaissait chimérique. C’est une utopie, disaient les critiques. Depuis le temps a passé : la Jordanie a signé un traité de paix avec Israël, l’entité palestinienne et l’État d’Israël se sont reconnus mutuellement depuis le 13 septembre 1993. Le Maroc et la Tunisie entretiennent aussi des relations nouvelles avec Israël.

Le feu de la guerre cependant continue de faire des victimes dans des attentats le plus souvent provoqués par des forces étrangères au pays, terroristes inspirés et payés par des extrémistes, comme le Hezbolah. Certes, mais la paix n’est plus considérée comme impossible par les deux peuples qui font les frais de la guerre. En profondeur, nos deux peuples aspirent à une réconciliation réelle qui ouvrirait la voie à un avenir digne de leur grandeur passée. Ainsi, les idées semées par tous les amants de cet idéal de réconciliation ont fait leur chemin : dès 1988, notre Mouvement pour la Confédération se préoccupait de fonder la paix sur des fondements juridiques solides dans le cadre d’une Confédération de deux États associés, sous le contrôle d’une Cour de justice qui garantirait les droits et la sécurité de tous les habitants. Car ce serait une erreur de chercher cette paix ailleurs que dans le cœur de nos peuples. La solution de ce conflit ne se trouvera jamais dans quelque partage territorial que ce soit. L’État de type hégélien, napoléonien ou prussien est un anachronisme et, au Proche-Orient, plus gravement encore, il est une absurdité, là où les nationalités, les ethnies et les religions sont étroitement imbriquées. Il faut résolument sortir du jus soli pour aboutir au principe du jus personae, le droit des personnes primant celui du sol où elles coexistent. Au lieu de le diviser, il faut ainsi unir le pays, en séparant les compétences administratives de telle manière que les droits légitimes de chacun soient garantis.

Seule une négociation directe entre Israéliens et Palestiniens pourra édifier cette Confédération proche-orientale à deux têtes (Israël, Palestine), ou à trois têtes (Israël, Jordanie, Palestine). Jérusalem, capitale d’Israël, aura la vocation de devenir la capitale de la Confédération comme elle est déjà la capitale du judaïsme, du christianisme et de l’islam. Sa finalité sera d’unifier les peuples et les religions en présence, en sauvegardant leur spécificité dans l’unité territoriale du pays, grâce à un juste partage des compétences.
Les peuples de la région, malgré les appétits et les bravades de leurs dirigeants et de leurs politiciens, sont épuisés et demandent grâce, comme la terre, que ce conflit déchire, crie grâce, elle aussi. Oui, plus que jamais, il est grand temps de résister à l’aveuglement des extrémistes de tous crins. Cette paix, si difficile à réaliser, finira par vaincre les pesanteurs et les déchirements de l’histoire, comme les puissants intérêts de ceux qui vivent encore de ce conflit.

Réconciliez juifs, chrétiens et musulmans dans Jérusalem et au Proche-Orient, et vous créerez, au seuil du troisième millénaire, une communauté unie par une même foi, un même dialogue, une même espérance, celle de l’Alliance prônée par Moïse, par Jésus et promise par Muhammad. Autour du centre hiérosolomytain de cette Confédération, s’adjoindront tous ceux qui ont partie liée avec son histoire ou avec ses idéaux de justice et de paix. Il n’en faudra pas moins que toute cette puissance spirituelle vivante et unique, pour vaincre les dangers mortels, hélas bien réels, qui menacent notre mère la terre. Ainsi la technique juridique moderne servira à réaliser l’antique prophétie d’Isaïe qui prévoyait, voici plus de deux millénaires, la gloire de Jérusalem, lieu de la réconciliation de l’Orient et de l’Occident, du Nord et du Sud :

Réjouissez-vous avec Ieroushalaïm,
égayez-vous en elle, vous tous, ses amoureux !
Soyez en liesse avec elle, dans la liesse,
vous tous en deuil pour elle.
(…) « Me voici : je tends vers elle, comme un fleuve, la paix
comme un torrent débordant, la gloire des nations. »
(Isaïe. 66, 10.12)

Site de la Fondation Agnelli : http://www.fga.it/

Hommage à André Chouraqui

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