Mon testament – Le feu de l’Alliance : L’ouverture des monothéismes au reste du monde

Pages 163-164 et 167

Bayard Press, 2001
ISBN : 2227439114
EAN13 : 9782227439115.

testam.jpgL’ouverture des monothéismes au reste du monde

Ces trois religions, qui ont le même Dieu, les mêmes prophètes, les mêmes finalités, sont sommées, au nom de l’Alliance, d’en finir là de leurs vaines querelles. Au sein de chacune d’elles, les hommes de bonne volonté doivent surgir et entraîner à la synergie de leur réconciliation. Mieux encore : une fois la paix acquise, ici pourra se réaliser l’alliance des religions abrahamiques aux religions asiatiques, ou africaines. Enfin, nous retournerons à nos racines car le dieu de la Bible est un dieu qui vient d’Asie et non du mont Palatin ou du Parthénon.

L’avenir religieux de l’humanité passe par une relation harmonieuse entre les théologies impersonnelles de l’Orient et le personnalisme des juifs, des chrétiens et des musulmans. Les peuples de l’Asie orientale pourraient s’allier avec les religions abrahamiques annonciatrices de l’Être essentiel en tant qu’Être matriciel et créateur. De leur côté, les fils d’Abraham, au contact de leurs frères indiens, tibétains ou chinois, pourraient accéder à une vision plus transcendantale et plus pure de l’Être.

Le patrimoine religieux de l’humanité ne se réduit pas aux deux pôles Orient et Occident. Chaque tradition religieuse peut apporter sa contribution à l’émergence de l’homme nouveau : l’animisme africain peut enseigner le respect de la vie et des existences ; le chamanisme sibérien ou amérindien est susceptible de révéler les possibilités insoupçonnées de notre psyché ; le totémisme peut concrétiser l’alliance avec le monde animal dont les fondements ont été donnés dans la Bible, mais dont l’application pratique est assez négligée par les peuples du Livre.

Durant mes voyages en Orient, je cheminais souvent en compagnie de Moïse. Rien ne prouve qu’il a connu l’existence des religions orientales, mais rien non plus ne permettrait d’affirmer le contraire. Le taoïsme s’est développé en Chine au terme d’une longue maturation qui remonte à la haute Antiquité : un peuple entier était en quête d’une religion, d’une éthique d’un système du monde qui réponde aux mystères éternels de la condition humaine. La dénomination du taoïsme dérive de l’idéogramme Tao ou Dao qui signifie « la Voie ». Vers la même époque, Moïse recevait les Dix Paroles et la Tora. Le rapprochement entre les deux univers culturels, celui des Chinois et des Hébreux à l’âge de bronze, paraît inévitable surtout à propos de la première et de la Troisième Parole qui annoncent un Dieu sans Noms prononçable qui ne doit pas être invoqué en vain.

Pour justifier l’audace de ce rapprochement, difficilement concevable à ceux qui n’ont accès à la Bible que dans ses traductions, le premier chapitre du Tao enseigne :

« Le Tao qu’on saurait exprimer n’est pas le Tao de toujours,
le nom qu’on saurait nommer n’est pas le Nom de toujours.
Le sans-nom : l’origine du ciel et de la terre.
L’ayant-nom : la mère de tous les êtres.
Ainsi, c’est par le néant permanent que nous voulons contempler son secret,
c’est par l’être permanent que nous voulons contempler son accès. »

Ce rapprochement évident de nos sources éviterait surtout l’écueil que je redoute : voir juifs, musulmans et chrétiens s’enfermer dans un ghetto monothéiste coupé du reste de l’humanité. Ils rateraient là l’accomplissement du devoir d’universalité que nous commande l’Alliance ainsi qu’une impulsion nouvelle et positive à la redécouverte de leurs textes. Jamais une occasion en doit être perdue d’éclairer nos religions d’enseignements nouveaux.

(…)

Toutes les religions sont les fruits de longues évolutions de syncrétismes, commandés par leur histoire. Le Verbe est la Vie. Le figer dans un instant de ne jamais vouloir le redécouvrir relève justement de l’intégrisme. La connaissance de est la connaissance de la Création dans sa transcendance. Elle nous incite sans cesse à aller à Sa rencontre, de plus en plus profondément, de plus en plus amoureusement, de plus en plus dangereusement sur la voie de réaliser l’utopie de l’Amour.

Hommage à André Chouraqui

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